PETIT GUIDE D'ÉVALUATION PARTICIPATIVE À L'INTENTION DES INITIATIVES DE DÉVELOPPEMENT DES COMMUNAUTÉS
Se familiariser avec l'approche
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D - Concrétiser la participation en évaluation

Ce module porte sur la participation des acteurs locaux dans l’évaluation. Il explique pourquoi cette participation active est utile, pertinente et incontournable lorsque l’on veut que l’évaluation vienne améliorer l’action.

 

Haut de pageLa participation en action

La participation des communautés à l’évaluation peut prendre plusieurs formes et se vivre à bien des degrés. Il y a, en effet, toute une gamme de façons de faire, qui vont d’une prise en charge entière de l’évaluation par les responsables d’une démarche, jusqu’à une évaluation menée par un évaluateur externe, mais à laquelle participe la communauté, notamment en donnant son point de vue sur l’initiative. Dans la perspective adoptée ici, la participation se veut totale, c’est-à-dire que les acteurs concernés sont autonomes; on parle donc d’une auto-évaluation. Les responsables de l’initiative contrôlent et réalisent toutes les étapes d’une évaluation (de la définition des dimensions à évaluer à la rédaction des rapports, en passant par la collecte et l’analyse des données) ou bien ils en délèguent la responsabilité à un sous-groupe.

Pourquoi la participation en évaluation?

La réalité est construite
L’évaluation participative repose sur l’idée qu’il n’y a pas de réalité absolue, que l’évaluation pourrait découvrir avec des outils de mesure appropriés, ainsi que le suggèrent certaines formes plus classiques d’évaluation. Il existe plutôt une multitude de réalités propres à chaque personne ou communauté. Chacun, à travers ses valeurs, ses habiletés, son bagage culturel, son statut socio-économique et professionnel, se construit une image de la réalité, d’un problème ou d’un projet. Il existe donc plusieurs visions d’un projet à évaluer; elles toutes importantes et riches d’information. Les méthodes employées pour construire les connaissances doivent impérativement permettre de faire valoir la diversité des points de vue relatifs à un projet.

Des connaissances qui donnent du pouvoir
Il y a plusieurs façons de concevoir l’évaluation, mais dans le domaine des approches de développement des communautés, il est important que les façons d’évaluer soient concordantes avec les valeurs fondamentales de celles-ci. À cet effet, nous croyons qu’il est fondamental que l’évaluation améliore les capacités des communautés à transformer leur milieu en vue d’améliorer les conditions de vie et la santé de leur population et de leur communauté.

Les approches participatives reposent sur l’idée que la réalisation d’évaluations ou de projets de recherche par les acteurs locaux doit leur permettre d’acquérir des habiletés, des connaissances, de la crédibilité, donc de favoriser leur pouvoir d’agir. Vu sous cet angle, il n’y a pas que les actions de développement des communautés qui permettent le renforcement du pouvoir d’action, mais également tout l’effort de retour sur soi, de réflexion et d’analyse que suscite une évaluation arrimée à la démarche de développement.

Attention toutefois! Lorsque l’on évalue des initiatives de développement des communautés, il est logique que les façons de mener l’évaluation soient concordantes avec les principes qui sous-tendent l’action. Il est aussi essentiel que l’on respecte certaines règles d’éthique propres à l’évaluation.

 

Haut de pageLes principes du développement des communautés en évaluation

On l’a vu, le développement des communautés repose sur des principes tels que la participation, la concertation et l’augmentation du pouvoir d’agir. Ainsi, pour être cohérent avec cette logique qui sous-tend l’action, il faut s’assurer que l’évaluation respecte ces principes. Mais comment vivre concrètement ces principes lors d’une évaluation?

Les principes de l’évaluation participative

Inspirés de la recherche participative axée sur la communauté (Community-based Participatory Research; Minkler et Wallerstein (2003: 55-58), voici comment pourraient s’énoncer les valeurs et les principes de l’évaluation participative:

  • reconnaissance de la communauté comme une entité ayant une identité propre;
  • ancrage dans les forces et les ressources de la communauté;
  • mise en place de partenariats équitables dans toutes les étapes de la recherche;
  • apprentissage collectif et renforcement des capacités de tous les partenaires;
  • équilibre entre recherche et action au plus grand profit de tous;
  • accent mis sur la pertinence, pour les communautés, des problèmes de santé publique et des perspectives écologiques intégrant les multiples déterminants de la santé et de la maladie;
  • développement de systèmes par un processus cyclique et itératif;
  • diffusion des résultats et de la connaissance acquise auprès –  et par l’entremise – de tous les partenaires;
  • engagement à long terme.

Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une auto-évaluation que l’évaluation est participative. En effet, on pourrait imaginer un comité qui fait une évaluation interne de son travail sans jamais associer, de près ou de loin, les personnes qui gravitent autour de lui. Pour réussir une véritable participation en évaluation, il faut donc:

Selon l’initiative à évaluer, il est important de porter une attention particulière à la participation de partenaires d’autres secteurs. Tout comme le développement des communautés doit être un processus négocié, l’évaluation nécessite aussi d’être discutée entre les acteurs concernés, tant en ce qui a trait à sa nature qu’à ses objectifs, ses méthodes de collecte et d’analyse, etc. Il faut donc s’assurer de mettre sur la table les attentes des uns et des autres et tenter de dégager un terrain d’entente pour l’évaluation.

Un autre principe d’action au cœur du développement des communautés est celui de l’augmentation du pouvoir d’agir des personnes. L’évaluation doit s’inscrire dans cette perspective. En fait, amener les acteurs concernés à mener eux-mêmes leur évaluation contribue à augmenter leur capacité d’agir dans une initiative. L’évaluation participative centrée sur les processus fournit de nombreuses occasions de réfléchir et de discuter sur les actions menées et sur les principes qui les sous-tendent. Les participants sont ainsi plus à même de comprendre ce qu’ils font et de réajuster leurs actions.

 

Haut de pageL’éthique en évaluation

L’évaluation, telle que présentée dans ce Guide, vise à augmenter le pouvoir d’agir des acteurs concernés afin qu’ils améliorent leurs actions. L’évaluation est ainsi au service de l’action. Elle ne doit en aucun cas nuire au projet évalué non plus qu’aux personnes qui y sont impliquées. Quelques règles éthiques utilisées en recherche indiquent les précautions à prendre, mais elles doivent être formulées dans le contexte d’une auto-évaluation participative telle que proposée dans ce Guide.

Consentement libre et éclairé
Dans tout projet de recherche ou d’évaluation, les personnes sont libres de participer ou non et leur engagement doit pouvoir s’appuyer sur une connaissance suffisante de ce qui leur est demandé. Souvent, on ne demande le consentement de quelqu’un que pour sa participation à une entrevue ou pour remplir un questionnaire. Dans une auto-évaluation participative, le consentement des participants doit aussi tenir compte des caractéristiques suivantes:

Le consentement peut s’obtenir verbalement au sein d’un comité lorsque le projet est présenté. Pour ce qui est de participation ponctuelle, par exemple à des entrevues individuelles, il est nécessaire de faire signer un formulaire de consentement (voir module 4).

Ne pas nuire à la dynamique interne d’un comité ou d’une communauté
Réfléchir sur nos façons de faire et nos actions consiste tout aussi bien à nommer nos bons coups passés qu’à porter un regard critique sur ce que l’on fait maintenant. Mais tout cela doit se faire dans le respect et dans un esprit constructif; c’est le rôle du responsable de s’en assurer. Les quelques pistes peuvent être utiles à cet égard:

Faire valider les propos recueillis et certaines interprétations ou analyses permet également d’assurer le respect des points de vue individuels et de la dynamique d’un groupe.

Conserver l’anonymat
Dans une auto-évaluation participative, les points de vue des acteurs constituent le cœur des données à recueillir. Aussi, les questions de la confidentialité des propos et de l’anonymat des participants se posent-elles de façon particulière.

Lorsque l’on recueille les informations en groupe et qu’elles font l’objet de discussion, il est bien certain que les points de vue de chacun sont connus des autres. Malgré tout, il faut s’assurer que si les propos de quelqu’un sont réutilisés en dehors du groupe et du contexte où ils ont été émis (par exemple, on rapporte au comité de projet pour analyse des propos recueillis dans le journal collectif), il est essentiel de conserver l’anonymat de la personne concernée. Ainsi, non seulement faut-il ne pas mentionner de qui viennent ces propos, mais on doit également s’assurer qu’une partie des propos ne permettra pas d’en identifier l’auteur.

* Verbatim : Transcription exacte, mot à mot, des propos tenus par une personne.

De même, lorsqu’on mène des entrevues individuelles, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du comité de projet, il est essentiel que les données qui en sont issues (verbatim*, fiches synthèses, cassettes, etc.) ne portent pas le nom de l’auteur des propos et qu’elles soient conservées de façon sécuritaire.

En résumé, il ne faut jamais nuire aux personnes qui participent à l’évaluation ou qui ont donné leur opinion et donc à aucun moment il ne doit être possible d’identifier qui a tenu les propos que l’on rapporte.


À RETENIR!

L’évaluation portant sur les principes d’action propres à une initiative, il est essentiel que les acteurs concernés participent à l’évaluation.

Les approches de développement des communautés visent toutes à augmenter le pouvoir d’agir des individus et des communautés sur leur propre devenir. Il est donc logique que l’évaluation contribue à cet objectif et soit une occasion pour les acteurs locaux de devenir plus efficaces dans leur projet.

Le principe même de l’auto-évaluation exige que les acteurs engagés dans une initiative mènent eux-mêmes leur propre évaluation, quitte à demander du soutien extérieur. Cette auto-évaluation doit être participative, intégrant tous les acteurs concernés par un projet, notamment ceux qui ont un point de vue différent.

Dans toute évaluation participative, il y a des règles éthiques à respecter:

  • consentement libre et éclairé;
  • confidentialité des propos recueillis (anonymat);
  • que les personnes concernées puissent valider les interprétations faites de leurs points de vue…;
  • pour garantir que les activités de collecte de données (groupes de discussions) ne nuisent pas au projet.
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