PETIT GUIDE D'ÉVALUATION PARTICIPATIVE À L'INTENTION DES INITIATIVES DE DÉVELOPPEMENT DES COMMUNAUTÉS
Comment faire ?
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3 - Identifier les dimensions à évaluer

Ce module porte sur l'identification des éléments (aussi appelés dimensions) que l'on veut évaluer. Il explique l'importance de cette étape et propose divers moyens pour mener à bien cet exercice.

La définition des dimensions que l'on veut étudier constitue une étape fondamentale de toute démarche évaluative. C'est en effet à partir de ces dimensions que l'on est en mesure de préciser l'information dont on a besoin et de choisir comment on ira la chercher, ce qui aura à son tour un impact sur la manière de l'analyser et, finalement, sur le type de résultats que l'on obtiendra.

Plusieurs éléments d'un projet ou d'une démarche peuvent être objets d'évaluation. Il s'agit donc de choisir, parmi plusieurs possibilités, la paire de lunettes sous laquelle le projet sera étudié.

Dans le présent Guide, nous proposons de centrer l'évaluation sur le « comment-on-travaille-ensemble », c'est-à-dire sur les principes qui sous-tendent l'action. Pour y arriver, il faut identifier les diverses formes de ce « comment-on-travaille-ensemble » spécifiques à la démarche que l'on veut évaluer, pour ensuite sélectionner celles que l'on observera. Cet exercice peut se faire de multiples façons, nous en proposons ici deux. La première, plus exhaustive, s'appuie sur la vision partagée que les membres d'un comité peuvent se donner de leur projet, alors que la seconde part d'une description simplifiée du projet.

 

Haut de pagePartir d'une vision partagée

Utilité d'une vision partagée
Une des idées derrière l'évaluation de processus telle que proposée dans ce Guide est de centrer l'attention sur ce que les acteurs d'un projet voulaient réellement faire. Après de nombreuses années d'accompagnement de démarches de développement des communautés, il nous est apparu clairement, comme d'autres l'avaient aussi réalisé d'ailleurs, que les gens engagés dans des projets de développement ne prennent pas souvent le temps de se donner une vision partagée de ce qu'ils veulent accomplir. Peu établissent les présupposés (valeurs, principes, hypothèses) qui sous-tendent leur action. Généralement, ils se donnent un but à long terme et identifient tout de suite des moyens concrets pour y arriver. Ils s'arrêtent rarement à réfléchir sur leurs hypothèses de changement ou les principes qui animent leurs actions.

Avant de préciser comment on peut se donner une vision partagée, il est utile de distinguer entre la vision qu'un comité a de son travail à moyen et long terme de la vision qu'une communauté a de son avenir. Toutes deux sont utiles pour préciser le projet ou la démarche que l'on veut réaliser.

La vision partagée au sein d'un comité comprend non seulement ce que celui-ci veut accomplir, mais également, comment il pense y parvenir. Cette vision devrait donc contenir les principes d'action qu'il privilégie, et ce, tant en son sein même (par exemple que les travaux du comité soient fondés sur le développement de relations de confiance et que l'on travaille à atteindre une véritable intersectorialité) que dans ses relations avec la communauté (par exemple que dans toutes les actions on facilite, une participation entière du plus rand nombre possible de citoyens).

En ce qui concerne la vision partagée que peut se donner une communauté, il s'agit généralement d'une image représentant ou et comment on se voit dans cinq ou dix ans. Cette vision peut comprendre plusieurs dimensions (aspects physiques, organisation politique, relations sociales, etc.), mais elle comporte généralement quelques précisions sur le « comment-on-vit-ensemble ». Bien que l'évaluation telle que proposée ici met le focus plutôt sur les principes d'action qui guident un comité, on pourrait tout aussi bien utiliser les principes du « comment-on-vit-ensemble » dans la communauté comme questions d'évaluation.

Divers moyens existent pour développer une vision partagée au sein d'un comité. Peu importe la technique retenue, l'expérience prouve qu'il est très utile de mener un exercice systématique et complet. Bien qu'elle puisse comporter plusieurs éléments, il est essentiel que la réflexion permette de partager les valeurs de chacun, mais aussi de mettre en évidence les hypothèses que chaque membre envisage quant à la manière de s'y prendre pour provoquer les changements attendus. Une attention explicite doit aussi être portée sur le « comment-on-travaille-ensemble ». Par exemple, est-il important pour le comité de travailler de manière étroite avec des acteurs d'autres secteurs d'activités? Est-il important que les citoyens soient impliqués dans le projet? Autant de questions qui viennent construire la vision partagée que l'on peut avoir d'une démarche collective.

Dans un projet de développement des communautés, prendre le temps de construire une vision partagée est essentiel, non seulement pour l'évaluation mais aussi dans une perspective de planification.

À première vue, mener une telle activité de réflexion sur les valeurs et les principes d'action peut sembler, pour beaucoup d'acteurs terrain centrés sur l'action, une étape futile voire même inutile. Pourtant, l'expérience prouve que prendre le temps de démarrer une initiative sur ces bases fait gagner du temps à plus long terme et augmente beaucoup ses chances de succès. Il est donc recommandé de mener un exercice de vision partagée dès le début d'un projet, lorsque le contexte s'y prête, ou à un autre moment opportun, par exemple au moment de démarrer une évaluation ou à une étape décisive du projet (réorientation, nouveau financement, élection municipale, etc.).

Construire sa vision partagée à l'aide d'une théorie de l'action
Plusieurs techniques et outils existent pour développer une vision partagée. Dans le cadre d'un projet de recherche, et à partir de ce qu'on appelle l'évaluation centrée sur la théorie (theory-based evaluation), nous avons développé un exercice de réflexion permettant à tout groupe engagé dans une initiative de mettre au jour les points de vue de chacun et de développer, collectivement, sa théorie de l'action.

Le terme « théorie » désigne ici toute intention derrière l'action (comment on se l'explique? comment on y arriverait?). Elle se construit à partir des hypothèses de travail, des stratégies et des principes qui, pour les membres du groupe, servent à orienter leurs actions. C'est l'ensemble des croyances, des valeurs, du savoir-faire et du savoir-être des personnes en présence qui permet d'en arriver à une vision partagée de ce que l'elles veulent faire ensemble.

Développer une théorie de l'action

Utilisation d'une vision partagée
Si le développement d'une vision partagée constitue une étape utile de la planification d'un projet, elle devient particulièrement pertinente en évaluation. Que cette vision soit construite uniquement pour les besoins d'évaluation ou qu'elle ait été faite dans un but de planification, elle peut servir à identifier les dimensions que l'on veut évaluer. Bien évidemment, il est impossible d'évaluer tous les éléments qui forment une vision partagée, cela représente trop de données à recueillir; il faut choisir ceux que l'on veut évaluer.

Il s'agit donc, à partir de la vision partagée par le groupe, d'identifier les dimensions les plus importantes, les plus significatives pour tout le monde, en ce qui a trait aux façons de travailler (à l'interne ou avec les partenaires et citoyens) et aux principes d'actions; ces derniers éléments étant, encore une fois, au cour même des initiatives de développement des communautés.

Si le groupe travaille à partir d'une théorie de l'action, il peut repérer les éléments qui apparaissent plus cruciaux, c'est-à-dire les éléments qui semblent porter le projet, qui en constituent les piliers, ou au contraire les éléments qui posent un défi pour le comité, et donc qu'il est utile de suivre plus attentivement. L'idée est de mettre en évidence, dans l'enchaînement des étapes menant à chaque visée (appellation des objectifs dans l'outil), les énoncés qui apparaissent importants.

Identifier les dimensions à évaluer
à partir d'une théorie de l'action

 

Haut de pageIdentifier les dimensions à partir d'une description succincte du projet

Lorsqu'il n'est pas possible pour un groupe de mener un exercice approfondi de vision partagée, il peut choisir de procéder de manière plus rapide à l'identification des dimensions qu'il souhaite évaluer. La réflexion s'organise alors autour de questions comme: en quoi consiste notre projet? Comment travaillons-nous ensemble? Quels sont les principes d'action que nous voulons évaluer? Il s'agit en fait que le groupe partage une courte réflexion sur son projet et qu'il identifie comment ses membres travaillent ensemble. À partir de cet exercice, qu'on peut facilement faire en une demi-journée, il est alors possible d'identifier les dimensions qui semblent les plus importantes et les plus pertinentes à évaluer.

Bien que ce moyen ne permette pas d'asseoir solidement l'évaluation sur une vision formulée et partagée par tout le groupe, il permet néanmoins de réfléchir collectivement aux dimensions qu'il veut évaluer. Et pour peu que l'on oriente la discussion sur le « comment-on-travaille-ensemble », le groupe pourra centrer son évaluation sur les principes d'action qui sont au cour même de sa démarche. L'outil suivant décrit comment réaliser ce type de démarche.

Choisir ses lunettes pour évaluer

 

Haut de pageLe choix des dimensions d'évaluation : tout un défi!

Quel que soit le moyen utilisé pour identifier les dimensions d'évaluation, le défi est de bien les définir puisqu'elles annoncent le type de données à collecter. Plus les dimensions sont précises, plus facile sera la collecte des données. En effet, si les dimensions demeurent trop générales, le groupe peut avoir du mal, en cours de route, à s'entendre sur le sens des dimensions retenues. L'expérience montre qu'il est important de découper ce qu'on veut évaluer en dimensions et en sous-dimensions de plus en plus précises, de manière à bien identifier les informations à recueillir. Il faut aussi que les dimensions aient la même signification pour tout le groupe et pas seulement pour une ou deux personnes plus expérimentées ou plus influentes. Une bonne définition des éléments à évaluer assure une certaine constance durant une évaluation continue (au cours de laquelle il y a toujours un risque de changer d'idée).

À RETENIR!

Il est important de bien choisir les dimensions a évaluer.

Puisque les approches de développement des communautés reposent sur des principes d'action, c'est sur ceux-ci que devraient porter l'évaluation.

Une bonne façon d'identifier les principes d'action propres à chaque démarche est de se doter d'une vision partagée. On peut distinguer deux types de vision :
  • celle d'un comité, comprenant :
    • les principes d'action à l'interne;
    • les principes d'action avec la communauté;
  • celle d'une communauté.
    • la vision de comment on vivra ensemble dans 5 à 10 ans.

Se donner une vision partagée est utile tant pour la planification d'une démarche que pour l'évaluer.

 

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